UNE PLATE-FORME DE
PROPOSITIONS
A l’occasion
des premières Rencontres du Partenariat Euro-Méditerranéen, des
spécialistes, des chercheurs, des universitaires et des acteurs
représentatifs de la société civile se sont rassemblés à Marseille, les 30
et 31 mars 2000. Ils ont élaboré ensemble une plate-forme de propositions
et adopté les termes d’une déclaration commune, la déclaration de
Marseille.
Elle a
été remise aux parlementaires présents à la Conférence sur la Sécurité et
la Coopération en Méditerranée à l'ouverture de leurs
travaux.
| Ce partenariat n’a
pas su placer l’être humain au centre, il s’est enfermé dans un
processus institutionnel et n’a jamais entraîné l’adhésion des
opinions publiques. |
|
Les participants constatent que l’espoir né il y a cinq ans,
lors de la Conférence de Barcelone qui a donné naissance au
partenariat euro-méditerranéen, est aujourd’hui en train de
s’éteindre. Ce partenariat en effet n'a pas su placer l'être humain
au centre, il s'est enfermé dans un processus institutionnel et n'a
jamais entraîné l'adhésion des opinions publiques. Il définissait
pourtant une configuration originale des relations entre l’Europe et
le monde méditerranéen. Les participants constatent que le
partenariat euro-méditerranéen s’est enlisé dans les pesanteurs de
procédures et les blocages politiques. Les écarts de revenus ont
continué à se creuser entre pays pauvres et pays riches menaçant
fortement la concrétisation des objectifs de Barcelone. Les
participants appellent à une relance vigoureuse et ambitieuse de ce
partenariat et à une application fidèle des termes de la Déclaration
de Barcelone adoptée par tous les Etats, notamment en référence au
respect des droits humains, de l'Etat de droit et des libertés
démocratiques.
Dans ce but, ils recommandent : - de donner
une réalité au principe de responsabilité partagée, avec une réelle
volonté politique - de toucher largement les opinions publiques
et d’engager une politique d’information significative - de
simplifier les procédures et d’encourager les initiatives des
sociétés civiles - de décentraliser les décisions et de clarifier
les modes d’intervention afin de les rapprocher de leurs
destinataires.
|
| A quoi sert de
construire un pont s’il est impossible de l’emprunter ? |
|
Les participants s’inquiètent de voir les relations entre
l’Europe et la Méditerranée se résumer principalement à deux termes
: libre échange et sécurité. Les marchandises circulent, mais pas
les personnes ou si mal. Pourquoi continuer à confondre migration et
mobilité ? Le contrôle des flux migratoires ne doit pas empêcher la
mobilité des personnes, notamment des porteurs de projet entre une
rive et l’autre de la Méditerranée. Sinon, à quoi sert de construire
un pont s'il est impossible de l'emprunter ?
Les participants
proposent :
- d'abroger toutes les législations qui entravent
la liberté de circulation des personnes en Méditerranée et de
multiplier les échanges, notamment entre les jeunes, les acteurs du
développement local et les opérateurs socio-économique - qu’un
label soit donné aux opérations du partenariat euro- méditerranéen
afin de régler les problèmes de visas à l’entrée de l’Union
européenne. - que les programmes européens d'échanges entre
étudiants et universités, du type Erasmus, soient élargis aux pays
méditerranéens.
Les participants constatent en outre avec une
très vive inquiétude que ce qui semblait original et prometteur dans
la déclaration de Barcelone, notamment l’accent mis sur la volonté
de " favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges
entre sociétés civiles ", se retrouve aujourd’hui pratiquement
paralysé.
|
| Le rôle des
sociétés civiles dans ce partenariat est totalement
marginalisé. |
|
Les programmes dits de coopération décentralisée viennent
d’être brutalement arrêtés par la Commission européenne, en dépit de
multiples déclarations annonçant leur reprise. Les participants
considèrent cette décision comme inacceptable car elle conduit à
marginaliser complètement le rôle des sociétés civiles dans ce
partenariat. Ils appellent la Commission européenne à revoir sa
décision et à mettre en place, au plus tôt, un dispositif approprié
pour favoriser le renouveau de la coopération décentralisée. Ils
demandent que cet appel soit officiellement appuyé par les
gouvernements, les parlements nationaux et le Parlement
européen.
Les participants s’inquiètent vivement de la
fragilisation et de la marginalisation des projets culturels dans le
cadre du partenariat euro- méditerranéen. En effet deux
programmes seulement ont été lancés en cinq ans - Euromed Héritage
et Euromed Audiovisuel- alors que d’autres programmes régionaux -
sur les sciences humaines et la culture, sur le livre et la
traduction, sur le spectacle vivant et la musique - ont été annoncés
voire décidés, mais ils restent à ce jour enfermés dans les
procédures de la Commission. Il faut en sortir
!
|
| Une instance de
concertation et d'échanges entre les acteurs culturels des deux
rives de la Méditerranée. |
|
Les participants demandent : - que soit créé un dispositif
approprié afin de mettre en œuvre effectivement ces programmes
régionaux sur la culture dans les meilleurs délais - une relance
des " micro-projets ", que la Commission européenne dit ne pas
savoir gérer, et qui sont pourtant essentiels à la circulation des
idées et des cultures entre les sociétés civiles des deux rives de
la Méditerranée - la création dés maintenant d'une instance de
concertation et d'échanges entre les acteurs culturels des deux
rives de la Méditerranée.
|
| Replacer
l'entreprise au centre du partenariat euro-méditerranéen. |
|
Au plan économique, la mise en place d’une zone de libre
échange s’avère notoirement insuffisante. Les participants
considèrent qu’il est urgent de replacer l’entreprise au centre du
partenariat euro-méditerranéen. Ils déclarent qu’il n’est plus
possible de limiter le partenariat d’entreprises à une vision
strictement financière. Les participants déplorent qu'à ce jour le
problème de la dette extérieure des pays méditerranéens n'ait pas
reçu l'attention promise malgré sa reconnaissance dans la
déclaration de Barcelone.
Dans ces conditions ils demandent
: - d’innover dans les modes de rapprochement entre les
entreprises des deux rives de la Méditerranée et de favoriser le
compagnonnage industriel afin d’élaborer ainsi de véritables
stratégies d’alliance - de créer des dispositifs d’appui à ces
rapprochements, plus souples, décentralisés et à proximité immédiate
du terrain - d'adapter les programmes de "mise à niveau" et de
formation aux réalités des entreprises du
Sud.
|
Etablir de
véritables relations de confiance et instaurer un projet
historique commun.
|
|
Le partenariat euro-méditerranéen est à la fois un
engagement, qui se doit d'être tenu, et une nécessité impérieuse.
Par delà les obstacles, il s’agit d’établir de véritables relations
de confiance et d’instaurer un projet historique commun : faire de
l’Europe et de la Méditerranée une zone de prospérité partagée. Cinq
ans après la déclaration de Barcelone, nous en sommes loin, c’est
pourquoi les participants appellent ici, à Marseille, à une
refondation du partenariat euro-
méditerranéen.
| |