Les Cités radieuses
par Frédéric Kahn [Rédacteur en chef adjoint de lhebdomadaire Le Pavé] |
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La parole, trop souvent confisquée ailleurs, est ici restituée (ce nest pas un hasard si les Rencontres dAverroès se déroulent dans un théâtre), vive et vivante, très loin aussi de la faconde gratuite, censée caractériser le méridional.
Il sagit au contraire de débusquer les clichés réducteurs qui obscurcissent lesprit. A limage dun Paul Valéry évoquant les discours méditerranéens : Nulle part ailleurs, la puissance de la parole consciemment disciplinée et dirigée, na été plus pleinement et utilement développée : la parole ordonnée à la logique, employée à la découverte de vérités abstraites, construisant lunivers de la géométrie ou celui des relations qui permettent la justice ; ou bien maîtresse du forum, moyen politique essentiel, instrument régulier de lacquisition ou de la conservation du pouvoir.
Lannée dernière, les trois tables rondes se sont confrontées aux problématiques didentités. Cette septième édition aborde la question du territoire, de la ville, de la cité. Et, encore une fois, à partir du prisme méditerranéen, on touche aux questions essentielles et fondamentales de lêtre humain en tant quanimal social.
La forme de la ville est sans doute née dans la Méditerranée, affirme Thierry Fabre, le concepteur de cette manifestation, en sappuyant sur le travail réalisé par Claude Nicolet, auteur de Mégapoles méditerranéennes (Maisonneuve & Larose, 2000), un ouvrage somme sur les grandes villes méditerranéennes.

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Claude Nicolet qui nous rappelle que notre conception de la politique (mot dérivé du grec polis : la cité) est née dans ces villes méditerranéennes, Athènes et Rome en particulier, et que lon nen finirait pas dénumérer les autres héritages.
Cest donc bien un aller-retour entre le passé et les perspectives davenir que nous proposent ces rencontres. Non pas une divagation, mais un cheminement, tout autant rigoureux que joyeux, pour comprendre comment ces villes, dont le seul nom est une invitation au voyage, se sont constituées, pour discerner le mythe de lhistoire, la fable de la mémoire. Un croisement de points de vue pour mieux sentir à quel point limaginaire et le réel sont intimement et profondément imbriqués.
Le parcours nous ramenant toujours au présent, à ces villes centripètes, à ces cités tentaculaires, toujours plus disproportionnées. Lieux de tous les pouvoirs, de tous les combats et de tous les enjeux. Curs et poumons de toutes les mutations, de toutes les transformations de nos sociétés. Territoires exemplaires également parce que profondément cosmopolites. Chaque grande ville propose un échantillonnage de tous les peuples de la Méditerranée.
Ces espaces sont aussi difficiles à appréhender parce que lon y passe, presque sans transition, presque sans rupture, de larchaïsme à la contemporanéité. Il nous faut aussi apprendre à penser les limites de limaginable. Il sagit alors, sans occulterla complexité et les contradictions, dy voir clair, profondément clair.
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Un rituel heureux, cest ainsi que Thierry Fabre définit les Rencontres dAverroès. Alors que la septième édition sannonce, il ny a toujours pas de lassitude à lhorizon. Pas plus du côté des organisateurs que du public. Tout simplement parce que le sujet est essentiel, et quil est, par ailleurs, à la fois mal et trop traité. La profusion de discours sur la question méditerranéenne, en ne sappuyant pas assez sur un véritable savoir, apporte plus de confusion que de lumière. Or, la métropole marseillaise se devait de penser rigoureusement la Méditerranée des deux rives. Il en va de son équilibre, de sa stabilité, de son devenir. On ne le répète jamais assez, lignorance fabrique la méfiance qui débouche sur la haine. Lenjeu est de taille.
Il doit donc investir la place publique.
Le succès des Rencontres dAverroès tient à cette volonté de marier la plus grande exigence intellectuelle à la simplicité du discours. De trouver le juste milieu entre un savoir trop jargonneux et des débats sans consistance dans lair du temps. Les intervenants ne sont pas des personnages médiatiques, ce sont des chercheurs habités par une générosité communicative. Le citoyen bénéficie là dune occasion trop rare de puiser la connaissance à sa source, sur des sujets qui le concernent au plus haut point.

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