Les rencontres d'Averroès sont terminés, elles ont été retransmises en direct durant les deux jours. Vous pouvez maintenant retrouver les synthèses des 3 tables rondes agrémentées d'extraits sonores et d'interviews.

Vendredi 3 novembre de 14 h 30 à 16 h 30
1ère table ronde animée par Thierry Fabre
Cités imaginaires, villes imaginées

Samedi 4 novembre de 10 h à 12 h
2ème table ronde animée par Emmanuel Laurentin [France Culture]
Cités antiques et villes modernes

Samedi 4 novembre de 14 h 30 à 16 h 30
3ème table ronde animée par Michel Abescat [Télérama]
Cités à repenser, villes à reconstruire




Entrée libre dans la limite des places disponibles

Théâtre National de Marseille « La Criée »
30, quai de Rive Neuve - 13007 Marseille
Organisation : Office de la Culture de Marseille

Renseignements & réservation
Office de la Culture de Marseille
42, La Canebière - 13001 Marseille - 04 96 11 04 60
Théâtre National de Marseille La Criée
30, quai de Rive Neuve - 13007 Marseille - 04 91 54 70 54


Villes et cités de la Méditerranée

La question des villes est en effet centrale. C’est sur elles que repose très largement l’architecture de la Méditerranée, comme le souligne justement Fernand Braudel : “La Méditerranée, ce sont des routes de mer et de terre, liées ensemble, des routes autant dire des villes, les modestes, les moyennes et les plus grandes se tiennent toutes par la main.”
Elles se tiennent par la main par le commerce et l’échange, mais aussi par la diversité des récits qui n’ont pas cessé de circuler, d’une rive à l’autre de la Méditerranée.
Ces récits ne symbolisent pas seulement une “Méditerranée des bonheurs possibles”, comme l’évoquait Jean-Claude Izzo. Ici, la tragédie n’est jamais très loin, Beyrouth et Alger, et aujourd’hui Jérusalem, sont là pour nous rappeler cette face sombre qui entaille une Méditerranée par trop rêvée.
Cette Méditerranée des deux rives, entre ombre et lumière, entre le noir et le bleu, c’est elle que nous vous invitons à découvrir à l’occasion de ces 7èmes Rencontres d’Averroès.
Elles seront, une fois encore, organisées autour de trois tables rondes : Cités imaginaires et villes imaginées ; Cités antiques et villes modernes ; Cités à repenser, villes à reconstruire.
“Les villes ne sont rien d’autre que la forme du temps”. Italo Calvino, en architecte inspiré des “Villes invisibles” nous donne sans doute une première clef pour entrer dans le monde imaginaire des villes et cités de la Méditerranée.
Comment dire la ville ? Comment interpréter les formes que les cités de la Méditerranée ont prises à travers l’histoire ? Comment appréhender la ville contemporaine ?
Les Rencontres d’Averroès ont choisi cette année de questionner les multiples regards que les villes et cités de la Méditerranée ont fait naître à travers le temps.
Certaines de ces villes sont précédées d’une légende, comme Athènes et Rome, Alexandrie ou Cordoue, dont elles ont su tirer parti.
D’autres, au contraire, sont suivies par des images héritées du passé, souvent caricaturales, comme Palerme ou Marseille, ou façonnées par des images de conflits et de guerres, comme Beyrouth ou Alger, qui forment un prisme bien souvent trompeur.
Et si nous allions voir de l’autre côté du miroir ?



Thierry Fabre


Les Cités radieuses

par Frédéric Kahn [Rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Le Pavé]

La parole, trop souvent confisquée ailleurs, est ici restituée (ce n’est pas un hasard si les Rencontres d’Averroès se déroulent dans un théâtre), vive et vivante, très loin aussi de la faconde gratuite, censée caractériser le méridional.
Il s’agit au contraire de débusquer les clichés réducteurs qui obscurcissent l’esprit. A l’image d’un Paul Valéry évoquant les discours méditerranéens : “Nulle part ailleurs, la puissance de la parole consciemment disciplinée et dirigée, n’a été plus pleinement et utilement développée : la parole ordonnée à la logique, employée à la découverte de vérités abstraites, construisant l’univers de la géométrie ou celui des relations qui permettent la justice ; ou bien maîtresse du forum, moyen politique essentiel, instrument régulier de l’acquisition ou de la conservation du pouvoir”.

L’année dernière, les trois tables rondes se sont confrontées aux problématiques d’identités. Cette septième édition aborde la question du territoire, de la ville, de la cité. Et, encore une fois, à partir du prisme méditerranéen, on touche aux questions essentielles et fondamentales de l’être humain en tant qu’animal social.
“La forme de la ville est sans doute née dans la Méditerranée”, affirme Thierry Fabre, le concepteur de cette manifestation, en s’appuyant sur le travail réalisé par Claude Nicolet, auteur de Mégapoles méditerranéennes (Maisonneuve & Larose, 2000), un ouvrage somme sur les grandes villes méditerranéennes.


Claude Nicolet qui nous rappelle que notre conception de la politique (mot dérivé du grec polis : la cité) est née dans ces villes méditerranéennes, Athènes et Rome en particulier, et que “l’on n’en finirait pas d’énumérer les autres héritages”.
C’est donc bien un aller-retour entre le passé et les perspectives d’avenir que nous proposent ces rencontres. Non pas une divagation, mais un cheminement, tout autant rigoureux que joyeux, pour comprendre comment ces villes, dont le seul nom est une invitation au voyage, se sont constituées, pour discerner le mythe de l’histoire, la fable de la mémoire. Un croisement de points de vue pour mieux sentir à quel point l’imaginaire et le réel sont intimement et profondément imbriqués.
Le parcours nous ramenant toujours au présent, à ces villes centripètes, à ces cités tentaculaires, toujours plus disproportionnées. Lieux de tous les pouvoirs, de tous les combats et de tous les enjeux. Cœurs et poumons de toutes les mutations, de toutes les transformations de nos sociétés. Territoires exemplaires également parce que profondément cosmopolites. Chaque grande ville propose un échantillonnage de tous les peuples de la Méditerranée.
Ces espaces sont aussi difficiles à appréhender parce que l’on y passe, presque sans transition, presque sans rupture, de l’archaïsme à la contemporanéité. Il nous faut aussi apprendre à penser les limites de l’imaginable. Il s’agit alors, sans occulterla complexité et les contradictions, d’y voir clair, profondément clair.




“Un rituel heureux”, c’est ainsi que Thierry Fabre définit les Rencontres d’Averroès. Alors que la septième édition s’annonce, il n’y a toujours pas de lassitude à l’horizon. Pas plus du côté des organisateurs que du public. Tout simplement parce que le sujet est essentiel, et qu’il est, par ailleurs, à la fois mal et trop traité. La profusion de discours sur la question méditerranéenne, en ne s’appuyant pas assez sur un véritable savoir, apporte plus de confusion que de lumière. Or, la métropole marseillaise se devait de penser rigoureusement la Méditerranée des deux rives. Il en va de son équilibre, de sa stabilité, de son devenir. On ne le répète jamais assez, l’ignorance fabrique la méfiance qui débouche sur la haine. L’enjeu est de taille.
Il doit donc investir la place publique.
Le succès des Rencontres d’Averroès tient à cette volonté de marier la plus grande exigence intellectuelle à la simplicité du discours. De trouver le juste milieu entre un savoir trop jargonneux et des débats sans consistance dans l’air du temps. Les intervenants ne sont pas des personnages médiatiques, ce sont des chercheurs habités par une générosité communicative. Le citoyen bénéficie là d’une occasion trop rare de puiser la connaissance à sa source, sur des sujets qui le concernent au plus haut point.