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La conception
de l’espace méditerranéen en tant qu’un immense réseau de connections
terrestres, maritimes et aériennes, dans lequel les villes sont des noyaux
vitaux d’échanges commerciaux, culturels et religieux, est une idée attrayante
et maintes fois répétée. Les historiens et les anthropologues ont accentué les
connections et les échanges afin d’évaluer la notion de la Méditerranée en tant
qu’une région de caractéristiques culturelles communes. Cependant, la
Méditerranée est en même temps un espace de confrontation, de conflit, de
tension, de réciprocité négative et de différence.
Notre
rencontre vise à l'examen de ces trois points (Réseaux, Échanges et Conflits)
ainsi qu’à leur interférence dans l’espace méditerranéen.
Programme
Jeudi, le 26 mai 2005
20h.00-20h30 Accueil des participants à
la Fondation Nationale de la Recherche Scientifique (48 avenue Vassiléos
Constantinou, entrée par la rue Vassiléos Géorgiou, hall central)
20h30-21h30 Réception, suivie d’un
concert musical, présentant des thèmes méditerranéens. Artistes : Georges
Makaris, guitare, Kaiti Koulia, chant.
Vendredi, le 27 mai 2005
(matin)
09h.30-12h.00
(Pause café entre les séances)
Président : Henk Driessen
Allocutions
Paschalis M. Kitromilidès, Thierry Fabre
Session I. La
Méditerranée en tant qu’un espace de réseaux.
Anthony Molho "Commercial Networks in
the Early Modern World (and the Mediterranean): A Seminar at the European
University Institute"
12h.30-14h.30
Déjeuner
Vendredi, le 27 mai 2005
(après-midi)
15h.00 –17h.00
(Pause café entre les séances)
Président : Thierry Fabre
Session II. Partager les
sites de pèlerinage
Dionigi Albera "Situations de
coexistence interconfessionnelle en Méditerranée : esquisse d'une réflexion
comparative"
Maria Couroucli "Partager un lieu saint;
le cas du pèlerinage de Saint George à Prinkipo (Istanbul)"
Galia Valtchinova "Localizing Jerusalem:
the Dynamics of contact and conflict around two local Jerusalems in the
South-Eastern Balkans"
Nour Haddad "Pèlerinages votifs de
fécondité au Liban: démarches rituelles partagées"
Vendredi, le 27 mai 2005
20h.30 Dîner
Samedi, le 28 mai 2005
(matin)
09h.30-12h.00
(Pause café entre les séances)
Président :
Maria Christina Chatziioannou
Intervention
: Dr. Achilléas Mitsos, Directeur – Général de
la Recherche DG, Commission Européenne
Session III. Conflits et
Frontières contestées
B. Baskar "Culture as a limited Good:
Appropriating Prestigious Personalities and Cultural Forms in South-East
Europe"
M. Efthimiou "Violence in a Conflict:
the Case of the Greek Revolution of 1821"
Dimitar Bechev "Contested Borders,
Contested Identity: The Case of Regionalism in South East Europe"
Nadia Danova "Créer les frontières
ethniques : L’utilisation de la narration en monde bulgare"
Cédric Parizot "The Grim Line :
Palestinian practices, Israëli border policies"
13.00-14.30
Déjeuner
Samedi, le 28 mai 2005
(après-midi)
15h.00-17h.00
Président : Pierre Vergès
Session IV. Le cadre
d’organisation: de REMSH-1 à RAMSES-2
Avec la participation de tous les
membres du réseau.
Contacts :
Evridiki Sifneos:
sifneoe@eie.gr
Ourania
Polycandrioti:
ranpoly@eie.gr
Note de
synthèse,
Ourania Polycandrioti
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Réseaux, Échanges
et Conflits dans l’espace méditerranéen
La conception de
l’espace méditerranéen en tant qu’un immense réseau de connections
terrestres, maritimes et aériennes, dans lequel les villes sont des noyaux
vitaux d’échanges commerciaux, culturels et religieux, est une idée
attrayante et maintes fois répétée. Les historiens et les anthropologues ont
accentué les connections et les échanges afin d’évaluer la notion de la
Méditerranée en tant qu’une région de caractéristiques culturelles communes.
Cependant, la Méditerranée est en même temps un espace de confrontation, de
conflit, de tension, de réciprocité négative et de différence.
Telle était la
problématique générale qui a régi les travaux présentés lors du séminaire
d’Athènes. La rencontre des chercheurs était centrée sur les trois axes
principaux (Réseaux, Échanges et Conflits) ainsi qu’à leur interférence dans
l’espace méditerranéen.
Première
session : La Méditerranée en tant qu’un
espace de réseaux.
La notion de
réseaux est comprise dans son sens le plus large, en tant que réseaux de
communication culturelle. L’espace clos de la Méditerranée, malgré les
différences culturelles des pays qui l’entourent, est surtout caractérisé
par l’existence de différents réseaux de communication, dont les réseaux
commerciaux sont les plus évidents. Jeremy Boissevain a ouvert la discussion
par sa communication qui, dans le cadre de l’anthropologie sociale, portait
essentiellement au fonctionnement des réseaux en tant qu’instrument
analytique du comportement humain dans le Bassin Méditerranéen. La
Méditerranée est même considérée comme le prototype d’un milieu des réseaux.
L’aperçu général effectué par Boissevain de divers réseaux méditerranéens en
tant qu’objets d’analyse a esquissé les diverses orientations possibles pour
la recherche au niveau local, personnel et international et démontré leur
impact sur les modes de la communication, sur les relations commerciales et
culturelles, les relations inter-gouvernementales et inter-nationales. Le
fonctionnement des réseaux est, pour Boissevain un facteur primordial au
rapprochement des peuples méditerranéens, malgré leurs différences
culturelles et autres, un facteur qui diminue l’esprit de la localité.
Anthony Molho a traité la notion des réseaux du point de vue de la
circulation et de la communication commerciale. Il a surtout mis l’accent
sur le fait que l’unité de la Méditerranée se fonde sur les peuples, sur
leurs inter-connections, sur leurs déplacements et sur leurs relations
commerciales. Les réseaux commerciaux, selon Molho, sont indissociables des
données culturelles qu’ils affectent profondément. Gelina Harlaftis, dans le
même esprit, a parlé des réseaux maritimes et elle a présenté un projet de
recherche qui porte sur les constructions navales en Méditerranée de l’Est.
Les activités des armateurs méditerranéens dépassent évidemment les
frontières nationales et contribuent au rapprochement culturel et financier
des individus et de leurs pays.
Deuxième
session : Partager les sites de pèlerinage.
Les quatre
intervenants de cette séance, Dionigi Albera, Maria Couroucli, Galia
Valtchinova et Nour Haddad, chacun d’après ses recherches sur des sites
méditerranéens ont évoqué des phénomènes de métissage et de syncrétisme
religieux. Le voisinage des nations, malgré les différences religieuses
fondamentales, présente des phénomènes de pratiques où les chrétiens et les
musulmans partagent les mêmes rites. En fait, selon Dionigi Albera, les
frontières entre religions, généralement considérées étanches et vérifiées
par l’histoire des trois religions monothéistes de la Méditerranée, peuvent
pourtant s’avérer poreuses : « les traces d’un passé croisé entre musulmans,
juifs et chrétiens ont survécu aux secousses de l’histoire et se prolongent
dans le présent ». Ainsi, dans le pourtour méditerranéen les phénomènes des
lieux saints partagés mais aussi les phénomènes de mixité et de syncrétisme,
maints exemples des phénomènes interreligieux à la fois connus et invisibles
n’en manquent pas. L’analyse comparative de ces phénomènes peut révéler une
image différente de la Méditerranée et de ses cultures. Comme par exemple la
constitution des lieux saints, dans les Balkans du Sud-Est, en tant que
points d’ancrage symboliques d’une culture, partagés ou revendiqués entre
musulmans et chrétiens (Galia Valtchinova) peut être liée au processus de la
construction d’une identité nationale. En fait l’empire ottoman fut un
espace tolérant envers les minorités religieuses, musulmans, juifs et
chrétiens. Les survivances de cette tolérance sont encore aperçues
jusqu’aujourd’hui. Le pèlerinage de Saint-George sur l’île des Princes est
un phénomène syncrétique, qui tout en mettant en jeu plusieurs identités
locales constitue une manifestation de masse encadrée par les autorités
(Maria Couroucli). De même, dans le cas du Liban les lieux de culte
chrétiens et islamiques sont répandus dans tout le territoire. L’exemple des
démarches votives, partagées par des fidèles de diverses religions et liées
au mariage, se réalisent en dehors des formes institutionnalisées de
l’orthodoxie chrétienne et musulmane et finalement prouvent l’importance
primordiale de l’existence quotidienne et de ses problèmes qui dépasse les
différences et dessinent des chemins de rencontre entre les communautés (Nour
Farra-Haddad). Les réseaux religieux ont leur dynamique et prouvent le
rapprochement des peuples, leur échange culturel profond, fondé sur
l’histoire, sur un passé commun qui aboutit à des traditions mixtes et
communes.
Troisième
session : Conflits et Frontières contestées
La Méditerranée
n’est évidemment pas que l’espace des rapprochements mais aussi l’espace des
conflits. Il s’agit des conflits politiques, religieux et culturels qui se
déclenchent surtout en vue de la construction d’une identité ethnique et
culturelle et sont examinés dans une optique synchronique tout aussi que
diachronique, depuis surtout le XVIIIe siècle. Ces conflits deviennent
d’autant plus clairement aperçus dans le cas des Balkans, où la proximité
des nations, des traditions et des rapports historiques et culturelles
souligne la complexité d’autant plus intense de la constitution des
identités ethniques, culturelles ou régionales. Souvent, la construction
d‘une identité puise dans l’héritage culturel des nations qui se disputent
l’appartenance des personnages historiques ou des traditions locales. Une
dispute qui provient finalement d’une expérience de proximité, de
communication et de connaissance mutuelle (Bojan Baskar). Dans cette
perspective ce qui importait c’était de voir comment les notions de la
région, de la régionalisation et de l’identité régionale, en Europe et dans
les Balkans puissent servir d’instruments analytiques afin d’éclaircir les
processus complexes mis en œuvre lors de la construction des identités
locales, nationales et culturelles (Dimitar Bechev). De même, la question de
la religion en rapport avec la langue, depuis le XVIIIe siècle, s’est aussi
avérée un instrument précieux pour l’analyse des consolidations des
communautés ethniques balkaniques, et notamment celle de Bulgarie, autour
des valeurs ancestrales (Nadia Danova). La question peut être évidemment
transposée et être comparée à des régions autres que les Balkans. Ainsi,
l’analyse des mécanismes par lesquels les populations palestiniennes
intériorisent les mouvements des frontières entre les espaces considérés
comme israéliens et palestiniens (Cédric Parizot) offre un exemple
ethnographique et socio-culturel qui peut engendrer des comparaisons et des
conclusions importantes dans les matières du métissage des cultures, des
conflits et des processus de construction d’identité ethnique et culturelle.
Un cas spécifique est celui de l’insurrection grecque pour l’indépendance
(1821) qui témoigne des habitudes militaires communes entre les Grecs et les
Turcs ainsi que des atrocités communes de violence excessive (Maroula
Efthymiou).
Il devient
évident que le phénomène des réseaux en Méditerranée, dans toutes ses
variantes, sous l’angle double de rapprochement et de conflit, fondé sur la
recherche historique et explorant les survivances actuelles selon le regard
d’une anthropologie socio-culturelle comparative ouvre un grand débat à
suivre. L’image que nous avons de la Méditerranée, fabriquée par le discours
politique et les enjeux économiques peut-être ainsi modifiée de manière
radicale, tout en ajoutant de nouveaux instruments à la méthodologie
scientifique.
Les
communications présentées lors du séminaire sont évidemment issues des
recherches menées à un niveau national, financées par les institutions de
chaque pays – membre du réseau REMSH. Pourtant, leur entrecroisement,
absolument nécessaire pour tout travail sur l’espace méditerranéen, ne peut
s’effectuer en dehors d’un financement collectif et international. La
nécessité d’encourager l’Union Européenne de lancer des projets de recherche
sur la Méditerranée, qui permettraient le dialogue scientifique entre les
chercheurs et leur travail en commun, nous a mené à inviter au séminaire Dr. Achilléas Mitsos, Directeur – Général de la Recherche DG
à la Commission
Européenne. L’intervention de Monsieur Achilléas Mitsos portait justement
sur les priorités et la logique des projets lancés par la Commission
Européenne.
Le séminaire a
pris fin avec la réunion traditionnelle des membres de REMSH. Pierre Vergès
et Thierry Fabre, les responsables du réseau ont fait la synthèse des
travaux accomplis et des travaux en cours, qui se suivront et s’élargiront
pendant le projet d’excellence RAMSES².
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