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Le réseau thématique REMSH qui a été
constitué dans le cadre du Vème PCRD a été introduit dans la
thématique « sociétés multiculturelles » ( sous-thème 2 de la partie I).
Nous sommes tenus, pour répondre aux
exigences de la direction recherche de la Commission européenne, de fournir
un certain nombre d’éléments dits délivrables.
Sont notamment prévus, à l’issue du
séminaire d’Alicante, de sortir les délivrables suivants :
DL4 : « la cartographie et la description
des phénomènes émergents qui construisent un nouveau tissu relationnel à
l’échelle euro- méditerranéenne. »
DL5 : « l’apport d’éléments d’aide à la
décision permettant de définir des politiques de l’UE concernant les
problèmes posés par le multiculturalisme dans les sociétés européennes en
lien avec l’ensemble méditerranéen. »
C’est pour parvenir à ces résultats qu’il
nous a semblé nécessaire de centrer le séminaire d’Alicante sur la
thématique : clash des civilisations, dialogue des cultures ou/et
interactions politiques et culturelles.
Il s’agit d’une question majeure, à la fois
sur le plan intellectuel et scientifique et sur le plan des débats qui sont
en cours dans les relations entre l’Europe et la Méditerranée.
Ces questions politiques et culturelles sont
désormais à la fois des questions internationales et des questions
intérieures à l’ensemble de l’Europe. On observe en effet en Europe une
montée significative de mouvements populistes, dont un des thèmes majeurs
est l’immigration, le multiculturalisme et la relation à l’islam.
La conception du séminaire doit prévoir une
analyse en profondeur de l’ensemble de ces questions.
Son organisation est conçue autour de cinq
demi- journées, du jeudi 25 mars au samedi 27 mars au matin.
1er temps : questionner
la conflictualité dans les relations entre l’Europe et la Méditerranée
(Jeudi 25 mars, de 9h30 à 13h30)
Quelles sont les nouvelles formes de
violence qui sont à l’œuvre, les éléments du dissensus, les perspectives de
fractures ? Il ne s’agit pas de légitimer l’opposition Islam/ Occident, mais
d’aller plus loin dans l’analyse des acteurs et des facteurs de la
conflictualité dans les relations Euro-méditerranéennes
On assiste à l’émergence de nouveaux
mouvements et de nouveaux réseaux islamistes, par exemple au Maroc ou en
Turquie, qui n’hésitent pas à s’engager dans des actions terroristes. Qu’en
est-il de ces phénomènes émergents ? Peut-on parler de l’échec de l’islam
politique ? A quelles recompositions des discours et des acteurs assiste
t-on au sein des mouvements islamistes ?
Les dynamiques de la conflictualité qui sont
à l’œuvre ne relèvent pas uniquement de forces venant de la rive Sud de la
Méditerranée. Ce serait une vision unilatérale et ethnocentrée. Il est
important de renverser les regards et d’analyser la conflictualité dont
« l’Occident » ou l’Europe sont également porteurs.
L’Occident et les Autres, une analyse du
regard, des systèmes culturels et politiques de référence à partir desquels
se construit et se légitime la posture de l’Occident, dans une articulation
entre sens et puissance. A cet égard, les travaux de Sophie Bessis méritent
d’être interrogés, notamment lorsqu’elle souligne « le paradoxe fondateur de
la suprématie occidentale consistant à découpler l’énoncé de principes à
vocation universelle de leur application concrète ».[1]
Ce questionnement de la conflictualité
pourrait être approfondi à partir d’une étude de la politique américaine en
Méditerranée et de la politique de l’Union européenne. Dans quelle mesure la
politique américaine et la politique européenne se distinguent t-elles ? Sur
quelles orientations et sur quelles pratiques ? De quels clash entre
civilisations est-il question et de quels partenariats euro- méditerranéens
s’agit-il ?
L’analyse des dynamiques de la
conflictualité, entre Europe et Méditerranée, est aussi l’occasion de
s’interroger sur les possibilités d’en sortir, sur les pistes à explorer, au
plan politique et culturel, pour tenter de dépasser les confrontations qui
sont en cours.
Qu’en est-il des initiatives européennes
lancées autour du « dialogue des cultures » ?
2ème temps : perspectives
et illusions du dialogue des cultures
(Jeudi 25 mars de 16h à 19h30)
Quels sont les fondements sur lesquels
reposent les politiques de « dialogue des cultures » ?
Il est à cet égard souvent fait référence,
dans les relations entre Europe et Méditerranée, à l’héritage andalou, au
temps d’al Andalus. Référence le plus souvent mythifiée d’une possible
convivance entre judaïsme, christianisme et islam, et dans le même temps
lieu d’une forme de dépassement des frontières culturelles le plus souvent
instaurées sur la longue période, entre « Mahomet et Charlemagne » pour
reprendre le paradigme avancé par Henri Pirenne. Il serait sans doute
opportun d’aller plus loin sur cet « usage du passé », sur cette utilisation
d’al Andalus, notamment en Espagne autour de 1992, et de voir quels sens
donner à ce débat, entre mémoire et histoire, à propos de la configuration
des relations culturelles euro- méditerranéennes.
La mise en question des fondements du
« dialogue des cultures » ne tient pas seulement à ces usages du passé. Elle
repose également sur une lecture de l’histoire et des constructions
culturelles et identitaires trop souvent monolithiques.
Comme le souligne Jocelyne Dakhlia « parler
de dialogue des civilisations, c’est supposer, (…), qu’elles parlent d’une
même voix, ou que la voix de l’individu est nécessairement celle de sa
culture ( ou de sa civilisation). Autrement dit, nous supposons d’emblée
réglée la question du dialogue interne des civilisations, la question des
polyphonies et discordances. » Il s’agit, selon Jocelyne Dakhlia, de plus
penser les cultures « comme des corps distincts, séparés » et de rechercher
dans la coexistensivité culturelle des éléments diffus, indistincts,
« j’envisage ici le mélange comme constitutif d’une civilisation, comme déjà
là ».
Comment analyser, à partir d’une pensée
critique, le « dialogue des cultures » entre les deux rives de la
Méditerranée ? Des lieux communs sont-ils pensables ? autour de quelles
références ? à partir de quelles visions de la culture et des échanges à
travers l’histoire ? Ces questions méritent d’être approfondies, lorsqu’on
s’interroge sur le devenir des « sociétés multiculturelles ».
Cette interrogation sur les fondements du
« dialogue entre les cultures » doit se prolonger par une analyse des outils
qui ont été créés dans les relations euro- méditerranéennes.
Ainsi, dans le cadre du partenariat euro-
méditerranéen, un dispositif institutionnel a été mis en place autour du
3ème volet, « social, culturel et humain. » Quel bilan critique est-il
possible de faire de la dimension culturelle de ce partenariat euro-
méditerranéen[2] ?
Parmi les outils qui ont été mis en place
par la Commission européenne, vient d’être créée une « Fondation euro-
méditerranéenne pour le dialogue des cultures et des civilisations ». La
création de cette fondation a été précédée par un rapport d’un « Groupe des
sages » réuni autour du Président de la Commission, Romano Prodi.
Cet outil devrait être opérationnel au 2ème
semestre 2004. Il est important à ce stade de proposer une analyse critique
des grandes lignes sur lesquelles va reposer son action.
A partir d’une analyse critique des
fondements et des outils du « dialogue entre les cultures », il sera sans
doute possible d’y voir un peu clair sur les dispositifs qui sont à l’œuvre
dans les relations euro- méditerranéennes et de mieux comprendre les formes
de discours qui construisent ces relations.
En effet, les travaux conduits dans le cadre
de ce séminaire visent à nous permettre de décrire les « phénomènes
émergents qui construisent un nouveau tissu relationnel à l’échelle euro-
méditerranéenne » et d’identifier « les problèmes posés par le
multiculturalisme dans les sociétés européennes en lien avec l’ensemble
méditerranéen ». Telle est la priorité d’une analyse des interactions
politiques et culturelles à l’échelle euro- méditerranéenne.
3ème temps :
Participation au Forum Universitaire Méditerranéen
(Vendredi 26 mars de 10h à 13h 30)
Le séminaire du réseau REMSH se tient à
Alicante en même temps que le Forum Universitari de la Mediterrania,
organisé par L’Institut Joan Lluis Vives, qui rassemble dix neufs
universités espagnoles.
Une séance de travail en commun est prévue
sur le thème « Education et coopération en Méditerranée ».
4ème temps : les
interactions politiques et culturelles
(Vendredi 26 mars de 16h à 19h30)
Entre une approche qui privilégie le clash
des civilisations, qui souligne ainsi la part irréductible des fractures, et
une approche fondée sur le dialogue des cultures, qui met l’accent sur les
continuités et les consensus, politiques et culturels, il est nécessaire de
penser l’entre deux, les traits d’union et de désunion qui caractérisent les
relations euro- méditerranéennes.
La recherche sur les interactions politiques
et culturelles vise à penser en même temps le face à face et le côte à côte.
Il s’agit d’analyser ce qui se joue entre, comment peuvent éventuellement se
concilier ou s’articuler les formes de l’indistinct ( J. Dakhlia) et les
jeux de « différences complémentaires » ( Ch. Bromberger) qui marquent les
relations entre groupes d’appartenances différentes. Dans ce contexte, fait
de voisinages et de frontières, d’emprunts et de rejets, quelle est la place
du facteur religieux ? Par-delà les hypothèses qui suggèrent de caractériser
ces relations multiculturelles à travers les notions de métissage et de
créolisation, il convient de rechercher d’autres types de configurations
pour appréhender les interactions politiques et culturelles.
Ces jeux d’interactions peuvent également
être analysés sous la forme du cosmopolitisme.
Peut-on parler d’un cosmopolitisme
méditerranéen ? Robert Ilbert souligne que « le cosmopolitisme alexandrin
tient dans ces voisinages. Il ne fonctionne pas comme un creuset mais comme
une contiguïté toujours renouvelée de groupes constitués, reconnus et
responsables. »
[3]
Mais un tel cosmopolitisme est friable, il ne tient que grâce à une forte
« communauté d’intérêts ». Qu’en est-il du cosmopolitisme aujourd’hui dans
les villes européennes, alors que la plupart des villes méditerranéennes ont
perdu leur diversité avec la construction des Etats Nations ? Ces réflexions
sur le cosmopolitisme devraient nous permettre d’éclairer les évolutions et
les transformations des « sociétés multiculturelles. »
L’analyse des interactions, politiques et
culturelles, est également possible à partir de l’étude des réseaux trans-
méditerranéens et de l’affirmation de pratiques émergentes. Les diasporas,
qui favorisent une « globalisation par le bas » et qui multiplient les
échanges, économiques et culturels, doivent être étudiés de près. De
nouveaux jeux de frontières se dessinent, des expressions culturelles et
notamment musicales s’organisent sans parler de l’importance des médias dans
ces relations trans-nationales. Télévisions satellites, radios, sites
internet… des phénomènes nouveaux apparaissent ainsi autour des médias qui
dessinent des configurations originales de relations trans- européennes et
trans- méditerranéennes.
L’ensemble de ces approches, autour des
dynamiques de la conflictualité, des perspectives et des illusions du
dialogue des cultures, et des interactions politiques et culturelles, est
susceptible d’apporter à notre réseau thématique les éléments de recherche
nécessaires à l’élaboration des publications et rapports prévus.
5ème temps : les travaux
du réseau REMSH
(samedi 27 mars de 10h à 13h)
Synthèse du séminaire et débat général
Les délivrables et publications du réseau
REMSH
Le fonctionnement du réseau, le site
internet, le calendrier et la préparation des prochains séminaires…
Notes
Sophie Bessis, l’Occident et les autres, Histoire d’une suprématie, la
Découverte Poche Essais, p 3, septembre 2002
Voir, Isabel Schäfer « The third chapter of the barcelona process : a
european cultural approach to the Mediterranean ? », Orient, N°43, 2002, p
583- 594
Robert Ilbert, Une certaine citadinité,
in Alexandrie, Autrement,
1992, p 28
Liste des participants
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