Réseau thématique des centres européens de recherche en sciences humaines sur l'ensemble euro-méditerranéen
 

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Entre Europe et Méditerranée.

Clash des civilisations, dialogue des cultures ou/et Interactions politiques et culturelles


Séminaire Alicante, les 25, 26 et 27mars

 

Le réseau thématique REMSH qui a été constitué dans le cadre du Vème PCRD a été introduit dans la thématique « sociétés multiculturelles » ( sous-thème 2 de la partie I).

Nous sommes tenus, pour répondre aux exigences de la direction recherche de la Commission européenne, de fournir un certain nombre d’éléments dits délivrables.

Sont notamment prévus, à l’issue du séminaire d’Alicante, de sortir les délivrables suivants :

DL4 : « la cartographie et la description des phénomènes émergents qui construisent un nouveau tissu relationnel à l’échelle euro- méditerranéenne. »

DL5 : « l’apport d’éléments d’aide à la décision permettant de définir des politiques de l’UE concernant les problèmes posés par le multiculturalisme dans les sociétés européennes en lien avec l’ensemble méditerranéen. »

C’est pour parvenir à ces résultats qu’il nous a semblé nécessaire de centrer le séminaire d’Alicante sur la thématique : clash des civilisations, dialogue des cultures ou/et interactions politiques et culturelles.

Il s’agit d’une question majeure, à la fois sur le plan intellectuel et scientifique et sur le plan des débats qui sont en cours dans les relations entre l’Europe et la Méditerranée.

Ces questions politiques et culturelles sont désormais à la fois des questions internationales et des questions intérieures à l’ensemble de l’Europe. On observe en effet en Europe une montée significative de mouvements populistes, dont un des thèmes majeurs est l’immigration, le multiculturalisme et la relation à l’islam.

La conception du séminaire doit prévoir une analyse en profondeur de l’ensemble de ces questions.

Son organisation est conçue autour de cinq demi- journées, du jeudi 25 mars au samedi 27 mars au matin.

 

 

Quelles sont les nouvelles formes de violence qui sont à l’œuvre, les éléments du dissensus, les perspectives de fractures ? Il ne s’agit pas de légitimer l’opposition Islam/ Occident, mais d’aller plus loin dans l’analyse des acteurs et des facteurs de la conflictualité dans les relations Euro-méditerranéennes

On assiste à l’émergence de nouveaux mouvements et de nouveaux réseaux islamistes, par exemple au Maroc ou en Turquie, qui n’hésitent pas à s’engager dans des actions terroristes. Qu’en est-il de ces phénomènes émergents ? Peut-on parler de l’échec de l’islam politique ? A quelles recompositions des discours et des acteurs assiste t-on au sein des mouvements islamistes ?

Les dynamiques de la conflictualité qui sont à l’œuvre ne relèvent pas uniquement de forces venant de la rive Sud de la Méditerranée. Ce serait une vision unilatérale et ethnocentrée. Il est important de renverser les regards et d’analyser la conflictualité dont « l’Occident » ou l’Europe sont également porteurs.

L’Occident et les Autres, une analyse du regard, des systèmes culturels et politiques de référence à partir desquels se construit et se légitime la posture de l’Occident, dans une articulation entre sens et puissance. A cet égard, les travaux de Sophie Bessis méritent d’être interrogés, notamment lorsqu’elle souligne « le paradoxe fondateur de la suprématie occidentale consistant à découpler l’énoncé de principes à vocation universelle de leur application concrète ».[1]

Ce questionnement de la conflictualité pourrait être approfondi à partir d’une étude de la politique américaine en Méditerranée et de la politique de l’Union européenne. Dans quelle mesure la politique américaine et la politique européenne se distinguent t-elles ? Sur quelles orientations et sur quelles pratiques ? De quels clash entre civilisations est-il question et de quels partenariats euro- méditerranéens s’agit-il ?

L’analyse des dynamiques de la conflictualité, entre Europe et Méditerranée, est aussi l’occasion de s’interroger sur les possibilités d’en sortir, sur les pistes à explorer, au plan politique et culturel, pour tenter de dépasser les confrontations qui sont en cours.

Qu’en est-il des initiatives européennes lancées autour du « dialogue des cultures » ?

 

 

Quels sont les fondements sur lesquels reposent les politiques de « dialogue des cultures » ?

Il est à cet égard souvent fait référence, dans les relations entre Europe et Méditerranée, à l’héritage andalou, au temps d’al Andalus. Référence le plus souvent mythifiée d’une possible convivance entre judaïsme, christianisme et islam, et dans le même temps lieu d’une forme de dépassement des frontières culturelles le plus souvent instaurées sur la longue période, entre « Mahomet et Charlemagne » pour reprendre le paradigme avancé par Henri Pirenne. Il serait sans doute opportun d’aller plus loin sur cet « usage du passé », sur cette utilisation d’al Andalus, notamment en Espagne autour de 1992, et de voir quels sens donner à ce débat, entre mémoire et histoire, à propos de la configuration des relations culturelles euro- méditerranéennes.

La mise en question des fondements du « dialogue des cultures » ne tient pas seulement à ces usages du passé. Elle repose également sur une lecture de l’histoire et des constructions culturelles et identitaires trop souvent monolithiques.

Comme le souligne Jocelyne Dakhlia « parler de dialogue des civilisations, c’est supposer, (…), qu’elles parlent d’une même voix, ou que la voix de l’individu est nécessairement celle de sa culture ( ou de sa civilisation). Autrement dit, nous supposons d’emblée réglée la question du dialogue interne des civilisations, la question des polyphonies et discordances. » Il s’agit, selon Jocelyne Dakhlia, de plus penser les cultures « comme des corps distincts, séparés » et de rechercher dans la coexistensivité culturelle des éléments diffus, indistincts, « j’envisage ici le mélange comme constitutif d’une civilisation, comme déjà là ».

Comment analyser, à partir d’une pensée critique, le «  dialogue des cultures » entre les deux rives de la Méditerranée ? Des lieux communs sont-ils pensables ? autour de quelles références ? à partir de quelles visions de la culture et des échanges à travers l’histoire ? Ces questions méritent d’être approfondies, lorsqu’on s’interroge sur le devenir des « sociétés multiculturelles ».

Cette interrogation sur les fondements du « dialogue entre les cultures » doit se prolonger par une analyse des outils qui ont été créés dans les relations euro- méditerranéennes.

Ainsi, dans le cadre du partenariat euro- méditerranéen, un dispositif institutionnel a été mis en place autour du 3ème volet, « social, culturel et humain. » Quel bilan critique est-il possible de faire de la dimension culturelle de ce partenariat euro- méditerranéen[2] ?

Parmi les outils qui ont été mis en place par la Commission européenne, vient d’être créée une « Fondation euro- méditerranéenne pour le dialogue des cultures et des civilisations ». La création de cette fondation a été précédée par un rapport d’un « Groupe des sages » réuni autour du Président de la Commission, Romano Prodi.

Cet outil devrait être opérationnel au 2ème semestre 2004. Il est important à ce stade de proposer une analyse critique des grandes lignes sur lesquelles va reposer son action.

A partir d’une analyse critique des fondements et des outils du « dialogue entre les cultures », il sera sans doute possible d’y voir un peu clair sur les dispositifs qui sont à l’œuvre dans les relations euro- méditerranéennes et de mieux comprendre les formes de discours qui construisent ces relations.

En effet, les travaux conduits dans le cadre de ce séminaire visent à nous permettre de décrire les « phénomènes émergents qui construisent un nouveau tissu relationnel à l’échelle euro- méditerranéenne » et d’identifier « les problèmes posés par le multiculturalisme dans les sociétés européennes en lien avec l’ensemble méditerranéen ». Telle est la priorité d’une analyse des interactions politiques et culturelles à l’échelle euro- méditerranéenne.

 

 

Le séminaire du réseau REMSH se tient à Alicante en même temps que le  Forum Universitari de la Mediterrania, organisé par L’Institut Joan Lluis Vives, qui rassemble dix neufs universités espagnoles.

Une séance de travail en commun est prévue sur le thème « Education et coopération en Méditerranée ».

 

 

Entre une approche qui privilégie le clash des civilisations, qui souligne ainsi la part irréductible des fractures, et une approche fondée sur le dialogue des cultures, qui met l’accent sur les continuités et les consensus, politiques et culturels, il est nécessaire de penser l’entre deux, les traits d’union et de désunion qui caractérisent les relations euro- méditerranéennes.

La recherche sur les interactions politiques et culturelles vise à penser en même temps le face à face et le côte à côte. Il s’agit d’analyser ce qui se joue entre, comment peuvent éventuellement se concilier ou s’articuler les formes de l’indistinct ( J. Dakhlia) et les jeux de « différences complémentaires » ( Ch. Bromberger) qui marquent les relations entre groupes d’appartenances différentes. Dans ce contexte, fait de voisinages et de frontières, d’emprunts et de rejets, quelle est la place du facteur religieux ? Par-delà les hypothèses qui suggèrent de caractériser ces relations multiculturelles à travers les notions de métissage et de créolisation, il convient de rechercher d’autres types de configurations pour appréhender les interactions politiques et culturelles.

Ces jeux d’interactions peuvent également être analysés sous la forme du cosmopolitisme.

Peut-on parler d’un cosmopolitisme méditerranéen ? Robert Ilbert souligne que « le cosmopolitisme alexandrin tient dans ces voisinages. Il ne fonctionne pas comme un creuset mais comme une contiguïté toujours renouvelée de groupes constitués, reconnus et responsables. » [3] Mais un tel cosmopolitisme est friable, il ne tient que grâce à une forte « communauté d’intérêts ». Qu’en est-il du cosmopolitisme aujourd’hui dans les villes européennes, alors que la plupart des villes méditerranéennes ont perdu leur diversité avec la construction des Etats Nations ? Ces réflexions sur le cosmopolitisme devraient nous permettre d’éclairer les évolutions et les transformations des « sociétés multiculturelles. »

L’analyse des interactions, politiques et culturelles, est également possible à partir de l’étude des réseaux trans- méditerranéens et de l’affirmation de pratiques émergentes. Les diasporas, qui favorisent une « globalisation par le bas » et qui multiplient les échanges, économiques et culturels, doivent être étudiés de près. De nouveaux jeux de frontières se dessinent, des expressions culturelles et notamment musicales s’organisent sans parler de l’importance des médias dans ces relations trans-nationales. Télévisions satellites, radios, sites internet… des phénomènes nouveaux apparaissent ainsi autour des médias qui dessinent des configurations originales de relations trans- européennes et trans- méditerranéennes.

L’ensemble de ces approches, autour des dynamiques de la conflictualité, des perspectives et des illusions du dialogue des cultures, et des interactions politiques et culturelles, est susceptible d’apporter à notre réseau thématique les éléments de recherche nécessaires à l’élaboration des publications et rapports prévus.

 

 

Synthèse du séminaire et débat général

Les délivrables et publications du réseau REMSH

Le fonctionnement du réseau, le site internet, le calendrier et la préparation des prochains séminaires…

 

 






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