Réseau thématique des centres européens de recherche en sciences humaines sur l'ensemble euro-méditerranéen
 

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Note de synthèse 1:
Les termes de la convergence des politiques de recherches
en sciences humaines et sociales sur l’espace-temps
Euro-Méditerranéen en vue du 6ème PCRD.

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Note de synthèse 2

 

Les éléments nécessaires à la constitution
d’un Espace Européen de la Recherche
sur l’ensemble euro-méditerranéen

 

 

 

Summary

The construction of a Euro Mediterranean space of knowledge requires from its proponents both an ability to link together different components involved in social systems and/or social life – e g, political, cultural or economical ones – and a special emphasis on approaches that can cross disciplinary boundaries while addressing a same object. Also it is necessary to create a new scientific area.

In order to understand some of the major changes the Euro Mediterranean area is currently undergoing, and though they are to be linked to global transformations, we assume that seizing these changes at a regional scale would yield some new insights on them. Part of the reasons of this scale relevancy is to be found in an historical depth, one that still puts its imprint on current evolutions. Specifically memory, or more aptly, memories – conflicting memories – constitute a huge stake in contemporary conflicts: this area being, as we know, the cradle of three “book religions”.

Furthermore, and in order to address the questions or challenges that the Mediterranean area confronts Europe with, we need to open up our prospects, allowing as much room for southern perspectives than we do for northern ones. Our research program, in its integrative scope, and by linking closely different team units of both shores of the sea, tries to live up to that standard of equilibrium in matter of geographical vantage points.

Three topics gives this common program its structure: Memory, Conflicts and Trade.

Those topics will be dealt with during several meetings and seminaries and, for the sake of integration, we will insure a broad sharing by every network components of the statistical data to be gathered, make so that the different teams be correctly wired, and provide for the conditions of an enhanced mobility of the colleagues involved in that common task, and notably of the young searchers.

Our main goal is to present an analytical frame for a better understanding of the cultural interactions taking place in the Mediterranean basin, so as to shed some light not only on the different factors of tension, but also, on the different opportunities of cross cultural dialog whenever and wherever they can be observed.

Again, this goal requires a crossing of disciplinary boundaries, by teaming together both archaeologists, scholars in religious literacy and historian with specialists of more contemporary eras, be they sociologists, anthropologists, geographers, economists or political scientists.

Les compétences européennes sur l’ensemble Euro-Méditerranéen sont relativement éparpillées, prises dans des traditions nationales de recherche qui ne favorisent pas la mise en commun des problématiques et la circulation des données. Un premier pas vers l’intégration de la recherche européenne sur l’ensemble Euro-Méditerranéen est franchi avec la mise en place, dans le cadre du Vème PCRD, du « Réseau thématique des centres européens de recherche en sciences humaines sur l’ensemble Euro-Méditerranéen (REMSH) ». Il faut maintenant passer à une étape supérieure permise par le VIème PCRD. Il s’agit de créer un nouveau domaine scientifique : celui des études pluridisciplinaires Euro-méditerranéennes.

 

 

 

 

1. constitution d’un savoir et d’une expertise

La constitution d’un réseau d’excellence dans ce domaine doit permettre d’ouvrir l’Espace Européen Recherche aux questions posées par nos voisins du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Il s’agit ainsi de décentrer notre regard, d’échapper à la tentation actuelle de repli vers une forme d’ «euro-centrisme» et de proposer une approche épistémologique et scientifique réellement post-coloniale, ce qui signifie notamment qu’elle associe pleinement dans l’élaboration des programmes de recherche nos partenaires du Sud et de l’Est de la Méditerranée.

Ce réseau consiste à rassembler et à confronter les savoirs et il vise la constitution d’une expertise répondant aux enjeux de cet espace économique, social et politique.

La constitution d’un espace européen de la recherche sur l’ensemble euro- méditerranéen repose sur cinq objectifs :

1- En premier lieu, il faut rassembler de manière raisonnée et quasi- exhaustive les connaissances relevant du champ classique des « études méditerranéennes » jusqu’ici plutôt réservé aux historiens, géographes, anthropologues et archéologues. Ce rassemblement vise à délimiter les zones d’ombres et les champs encore négligés et conduit à instruire et à susciter de nouvelles pistes de recherche. La confrontation et la mise en perspective de cet état de l’art avec les travaux des sociologues, économistes et politologues ayant abordé les « questions méditerranéennes » sous l’angle des rapports entre sociétés et nations du Nord et du Sud est un objectif majeur de ce futur réseau.

2- L’intégration par des projets interdisciplinaires doit conduire à de nouvelles questions relatives aux multiples dimensions du dialogue Euro-Méditerranéen. On peut en citer deux principales : la prise en compte des phénomènes de mondialisation qui affectent l’ensemble des sociétés voisines de l’espace européen ; l’analyse des relations internationales et une évaluation des défis, car cette région du monde est un espace de rencontres et de confrontations, l’une des clefs stratégique des politiques extérieures de l’Union Européenne : que l’on pense par exemple au conflit israélo-palestinien, à la relation de l’Europe à l’Islam ou aux débats soulevés par l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, autant de questions stratégiques qui sont sur l’Agenda politique pour les années à venir.

Un bilan global des différentes dynamiques qui travaillent cet espace peut contribuer à une meilleure exploration des scénarios relatifs au partenariat Euro-Méditerranéen et au devenir des relations entre l’Europe et la Méditerranée.

3- L’effort de recherche doit se prolonger par la mise en place des moyens d’intégration tant en terme de base de données, de mise en réseau des bibliothèques que par la constitution d’un vivier de jeunes chercheurs spécialisés sur cet espace et adoptant des démarches interdisciplinaires.

4- La constitution de ce réseau ne vise pas seulement une amélioration des connaissances mais aussi un meilleur accès des chercheurs à ces connaissances (en particulier pour certains pays de la rive Sud). Il doit aussi se prolonger par des démarches de diffusion et dissémination de la recherche qui doit viser les praticiens, les policy makers et un plus large public.

5- Il convient aussi de constituer une force d’expertise pour produire de nouvelles connaissances pouvant aider : les policy makers (données, synthèses), les acteurs émergents des sociétés civiles (acteurs de la démocratisation, de l’émancipation féminine, les ONG, les entrepreneurs..), les acteurs politiques et les institutions chargées de construire le partenariat Euro-Méditerranéen.

Le réseau d’excellence qui a été élaboré en vue de constituer un espace euro- méditerranéen de la recherche en sciences humaines doit donner aux études méditerranéennes une quadruple ambition : créer un champ de recherche pluridisciplinaire ; montrer les continuités et les ruptures temporelles dans cet espace ; étudier les thèmes les plus porteurs de changements ; fonder un réseau pérenne de centres de recherche.

Il convient en effet de confronter les démarches disciplinaires sur un même objet et de montrer la complémentarité des approches, par exemple entre des spécialistes de textes religieux anciens et les débats politico-religieux contemporains. La pluridisciplinarité est ici une nécessité car l’espace méditerranéen est une région où les dimensions économique et politique sont étroitement articulées, où la dimension religieuse interfère directement sur les mentalités et les styles de vie et où la place du passé et le poids de l’histoire sont majeurs. On doit mettre en synergie les sciences politiques, la sociologie et l’ethnologie auxquels seront associées l’économie, l’histoire, le droit, les sciences des religions et l’archéologie.

La période contemporaine sera mise en perspective par l’histoire. On doit s’intéresser particulièrement aux enjeux de mémoire qui façonnent et ont façonné l’espace mental des populations depuis l’antiquité. Cette région a vu, en effet, éclore et se développer les grandes civilisations de l’Antiquité, elle a été le berceau des trois religions du Livre, elle a été dès le Moyen Age un lieu d’échanges et de circulation (commerciaux et culturels) entre l’Orient et l’Occident, un lieu d’affrontements militaires et politiques. Les structures sociales et économiques qui en ont résulté devront être analysées de manière diachronique et synchronique : dans leurs évolutions et confrontations. Il convient ici de penser la combinaison des échelles de temps (court, moyen et long terme) pour appréhender la complexité actuelle des relations entre l’Europe et la Méditerranée.

Cet espace tout à la fois de symbioses et de conflits est une échelle pertinente d’analyse des évolutions contemporaines les plus marquantes. En premier lieu il révèle toute la complexité des évolutions féminines. On assiste à une simultanéité de situations sociales fort différentes faites aux femmes. Cette diversité faite de contrastes doit être interprétée au regard des valeurs culturelles et inscrites dans les mouvements sociaux qui cherchent à les dépasser.

L’émergence d’une crispation identitaire autour de marqueurs sociaux ou religieux est un deuxième phénomène qui interroge les relations entre l’Europe et la Méditerranée. Le processus de mutation des mentalités en matière politique (démocratisation) ou économique (attrait de l’économie européenne) sera également abordé. Enfin les mutations économiques, fruit de la mondialisation des échanges et de la production, seront à mettre en perspective avec les possibilités de déplacement des hommes et des produits. Un lien devra être envisagé avec les travaux sur la démographie et les migrations afin d’évaluer d’une part les besoins de l’Europe en populations et en main d’œuvre dans les années à venir, et d’autre part les répercussions sur les sociétés du sud et de l’est de la Méditerranée de cette nouvelle demande de populations, le plus souvent de haut niveau.

La compréhension des questions que la Méditerranée pose à l’Europe demande un double regard : celui de l’Europe vis à vis de la rive Sud de la Méditerranée et celui que les pays de cette rive portent sur l’Europe, ce qui est une façon de proposer une approche post-coloniale.

Il est donc nécessaire de mettre en synergie, avec les centres européens, des centres de recherche de l’ensemble des pays du pourtour de la Méditerranée. Le réseau sera ainsi amené à intégrer des participants de l’Union Européenne, des pays candidats et des pays associés des rives Sud et Est de la Méditerranée.

 

2. Un programme d’intégration des centres de recherche

Il convient de définir les voies du développement durable entre l’Europe et la Méditerranée. Pour cela l’intégration de l’espace de la recherche est une nécessité. Elle passe par la définition d’un programme de recherche commun et par la mise en œuvre d’outils d’intégration. Seule cette dynamique permettra la constitution non seulement d’une connaissance scientifique mais aussi d’une expertise sur l’espace Euro-Méditerranéen.

2.1 L’organisation scientifique des recherches

L’activité scientifique du réseau envisagera la Méditerranée à travers trois grands axes : celui des civilisations et de leurs mémoires, celui des confrontations politiques et de la société civile, celui technico-économique des échanges et de la circulation.

● La Méditerranée est un espace de civilisations, elle a pour principale composante sa mémoire. Aussi est-il nécessaire d’identifier les principaux éléments de cette mémoire et son pouvoir de générer des identités et des conflits. Cette aire est à la croisée de civilisations dont les différences peuvent être considérés comme complémentaires ou comme générant des confrontations ayant leurs racines dans l’histoire. Les conflits identitaires qui ne sont pas nouveaux dans l’histoire, sont en train de prendre une place de plus en plus grande en raison de l’impact des médias. Il faut donc inscrire dans l’analyse des relations internationales la dimension culturelle comme une dimension à part entière. Il convient par exemple de distinguer la recherche du « propre » identitaire qui permet le dialogue du « pur » qui conduit au raidissement. Cependant, définir une approche géoculturelle ne conduit pas à surévaluer les facteurs culturels par rapport aux facteurs économiques ou politiques.

Les objets d’études relèvent à la fois du patrimoine, des racines religieuses, des transformations sociales et historiques liées au voisinage et aux possibles métissages entre les cultures. Un accent particulier des travaux de recherche sera mis sur le rôle des femmes dans la transmission de la culture (de la religion, des habitus, des savoirs être et des savoir faire). Il en va de même du rôle des diasporas comme agent de diffusion de la culture.

● La Méditerranée est un espace traversé par les conflits. Ici la Méditerranée doit être situé dans les dynamiques euro-méditerranéennes. En effet l’Europe est, pour une part, producteur de la conflictualité car elle tend à définir le cadre des valeurs, les formes du politique. On peut aussi faire la liste des rendez-vous manqués : blocage de l’immigration, non reconnaissance de l’immigration comme partie prenante de son identité, mise en place de la conditionnalité. L’Europe a construit une « proximité inaccessible ». Ceux-ci ne sont pas que les classiques conflits de frontières. Ils sont aussi internes aux sociétés : les formes du pouvoir ne sont pas toutes démocratiques. Aussi convient-il de décrire les régimes politiques et juridiques : les transformations des systèmes politiques, les rapports entre droit et religions. La complexité des rapports entre religion et politique montre comment les conceptions linéaires de l’évolution historique ne se reflètent pas dans la réalité sociale de cet espace. Il est en particulier possible de montrer comment les frontières sont à la fois séparation et porosité : les diasporas créent des échanges culturels, sociaux, commerciaux. Il convient ici d’identifier les facteurs qui bloquent ou font évoluer l’organisation des sociétés civiles et des espaces publics. Ce ne sont pas tant les différences que leur perte qui peut susciter la rivalité, voire la violence. L’idée que l’authenticité culturelle et religieuse (l’exception islamique) est un rempart face au modèle du tout économique occidental doit être étudiée. L’exemple de la Pologne ou de l’Espagne montre comment sous l’apparente immutabilité du franquisme ou du communisme un mouvement social et politique visant la modernité peut s’exprimer. Pourquoi douter du dynamisme des sociétés du sud de la méditerranée. Un modèle d’évolution sera proposé. Il permettra de décrire les changements qui affectent l’organisation des territoires, l’identité de l’espace méditerranéen, le rôle de la femme, le rôle du partenariat Euro-Méditerranéen.

● La Méditerranée est un espace d’échange et de circulation. Comme toutes les régions du monde (Caraïbes, mer de Chine, golfe d’Aden) caractérisées par la démultiplication et la superposition des frontières, la Méditerranée est de haute Antiquité, non seulement une zone à forte intensité d’échanges et de mixités, mais plus fondamentalement une zone dont les économies se sont durablement fondées sur l’échange marchand et les circulations commerciales plutôt que sur l’industrie. Il convient ici d’identifier la superposition des deux registres économiques, le capitalisme et l’économie marchande. On assiste à deux processus de mondialisation : par le haut (les opérateurs techniques et économiques diffusent leurs produits à l’échelle du globe) et par le bas (lié aux parcours des diasporas). On doit particulièrement montrer la place de la Méditerranée dans la mondialisation, en particulier les formes sociales de l’échange marchand transnational en Méditerranée. Ces échanges se fondent sur la trame technico-logistique qui structure les économies de cette région : infrastructures économiques et techniques, transferts technologiques et circulation des modèles économiques et techniques. Il convient de mettre en évidence l’importance de l’environnement urbain dans l’émergence de mondes sociaux transnationaux.

2.2 Les outils de l’intégration

Une première voie de l’intégration des recherches et des équipes de recherche est l’élaboration d’outils intellectuels communs pour permettre une analyse transdisciplinaire de l’ensemble méditerranéen dans la longue durée. Il ne s’agit pas de tomber dans le consensus diplomatique dépourvu de pertinence, mais bien de permettre un dialogue fécond entre disciplines, la comparaison entre terrains et époques différentes. Pour cela il faut mettre en place trois séries de séminaires associant les différentes disciplines. La première série devra porter sur « l’analyse comparative de l’espace méditerranéen » ; la deuxième sera consacrée à « la Méditerranée comme échelle pertinente de la mondialisation ». La troisième définira « la gestion de la pluralité » qui caractérise cet espace. L’ensemble de ces trois séminaires propose une réflexion sur les conditions épistémologiques et méthodologiques de l’analyse comparative sur l’espace méditerranéen et doit aboutir à construire la compréhension du nouveau « système méditerranéen ». A terme, cette réflexion identifiera de nouvelles pistes de réflexion et de recherche qui viendront renouveler les approches classiques.

L’intégration suppose également le recensement et l’identification de toute la documentation numérique disponible portant sur la Méditerranée dans les champs thématiques et disciplinaires concernés (bases de données statistiques, bibliographiques, cartographiques, iconographiques). Ces bases de données peuvent avoir été créées et/ou gérées par les membres du réseau dans le cadre d’opérations antérieures ou de catalogage numérique ; elles peuvent également être la propriété d’institutions extérieures. Là encore, il s’agit d’identifier les spécialisations, les complémentarités et les manques afin d’orienter les réalisations ou acquisitions ultérieures dans le respect des règles de propriété intellectuelle.

Le partage des outils de travail est un autre aspect de l’intégration de la recherche, aujourd’hui facilité par les technologies de la communication. L’outil central d’une mise en réseau efficace des participants sera la construction d’un réseau extranet « fermé ». Ce site permettra le management financier, administratif et organisationnel du réseau d’excellence, mais aussi le management scientifique et le suivi de l’avancement des travaux. Toutes les informations nécessaires à la bonne marche du réseau y seront disponibles. Il doit permettre aux participants de travailler sur des plates-formes communes, ouvertes et convergentes. Une première expérimentation avec le logiciel « Sharepoint » est déjà en place à la MMSH, il concerne les différents membres du Comité exécutif du réseau.

Si les technologies de la communication jouent un rôle majeur dans le rapprochement des centres de recherche, elles ne doivent pas faire oublier que la circulation physique des chercheurs reste le moyen le plus sûr de tisser des liens scientifiques durables.

La mobilité des chercheurs, et notamment des jeunes chercheurs, devra être considérée comme une priorité. Le réseau devra consacrer un financement conséquent aux voyages et séjours. Il sera aussi fait appel à toutes les autres possibilités de financement qui existent, qu’elles émanent de la Commission européenne (bourses Marie Curie, Fondation Euro-Méditerranéenne, allocations de recherche, post-docs…), ou d’autres organismes, publics ou privés. L’une des raisons d’être d’un espace euro-méditerranéen de la recherche est de fédérer l’ensemble des institutions du Nord et du Sud offrant une formation de 3ème cycle sur la Méditerranée. Il s’agit d’identifier l’ensemble des formations d’excellence dans ce domaine, de recenser les points forts et les manques et de proposer un fonctionnement coordonné des différentes formations doctorales sur la Méditerranée. Cette activité devra informer les jeunes chercheurs des possibilités de formation (par le biais du site web du réseau), des différentes sources de financement et clarifiera le paysage des formations « Euro-méditerranéennes ».

A terme, une fois le recensement des formations doctorales établi, le réseau devra étudier la faisabilité d’un « doctorat méditerranéen pluridisciplinaire » propre au réseau et satisfaisant à ses critères d’excellence (label attribué par le conseil scientifique du réseau). Enfin, en parallèle, l’intégration de la formation doctorale sera progressivement mise en place par l’organisation d’une série de « summer schools » thématiques d’une semaine organisées par les différents participants.

 

Les Méthodes de la recherche

L’objectif est, ici, d’avoir des méthodes communes et suffisamment diversifiées. Les démarches s’appuieront sur l’expertise des sciences humaines et sociales. Celle-ci utilise trois méthodes. La première adopte un comparatisme raisonné à deux échelles : celle de la division Nord – Sud, d’une part ; celle de l’existence d’entités (Union européenne, Balkans, Maghreb, Machrek), d’autre part. La seconde méthode montre les dynamiques de cet espace : les clivages et dans le même temps les transferts, emprunts et recompositions dans les domaines politiques, culturels et économiques. La troisième s’intéresse à la genèse de cet espace Euro-Méditerranéen, et privilégie la dimension historique (traces archéologiques, origines des conflits actuels, usages du passé, rôle des religions…).

 

3 La nécessité d’une analyse critique du dialogue entre les cultures et les civilisations dans l’ensemble Euro-Méditerranéen.

Un programme d’action pour le dialogue entre les cultures et les civilisations a été construit. Il est une composante essentielle du processus de Barcelone et une nouvelle avancée dans les relations entre l’Union Européenne et les partenaires méditerranéens. Le volet social, culturel et humain du Processus de Barcelone vise à rapprocher les populations des deux côtés de la Méditerranée, à promouvoir leur inter-connaissance et leur compréhension mutuelle et à améliorer la perception qu’elles ont les unes des autres[1].

Cette volonté de transformer cette région en région de paix et de prospérité partagée passe par un nouveau modèle d’échange internationaux et un partenariat social et culturel. Le programme du réseau doit alors évaluer : le dialogue politique et sur la sécurité, les accords financiers et économiques, les interpénétrations culturelles. Encouragent-ils une meilleure connaissance mutuelle et renforcent-ils les liens entre les sociétés civiles ? Il faudra particulièrement étudier le dialogue interculturel et interreligieux, et le rôle joué par les médias.

Comme le dit Romano Prodi : « European would like to see recognised throughout the Mediterranean the values and principles on which our European integration process is based, starting with human rights. »[2] L’Europe vient de créer La Fondation Euro-Méditerranéenne pour le dialogue entre les cultures et les civilisations dont la MMSH est l’institution de référence française. Cette dernière veut mettre en valeur les richesses artistiques, intellectuelles et historiques de l’héritage des deux rives de la Méditerranée.

Il s’agit de proposer une analyse critique des interactions culturelles entre Europe et Méditerranée, de questionner la pertinence des politiques en cours et d’ouvrir des champs nouveaux de réflexion sur ce domaine devenu central dans les relations internationales aujourd’hui.

A l’évidence, une gestion économique ne suffit pas à la réduction des fractures, pas plus qu’un contrôle strict des frontières n’empêche les circulations transnationales. Il est nécessaire et urgent pour l’Europe de se donner les moyens d’analyser et de comprendre la complexité des phénomènes dans cette région.

Cette compréhension demande une étude des défis contemporains que cette région du monde pose à l’Europe et réciproquement, une étude de l’impact de la mondialisation, une étude des conséquences sociales et culturelle d’un développement inégal de ses différentes régions (U.E., Balkans, Maghreb, Machrek, Turquie…). Ces études doivent être éclairées par la connaissance de l’histoire de la Méditerranée. Bien des conflits ou des partenariats actuels trouvent leur origine dans le passé. Les trois grandes religions monothéistes ont ici une importance fondamentale.

 

4 les partenaires

Le programme du futur réseau d’excellence devra s’inscrit volontairement dans une démarche pluri-disciplinaire : sont convoqués les archéologues, les historiens, les géographes, les spécialistes des textes fondateurs, les économistes, les ethnologues, les politologues et les sociologues. Si nous prenons en compte la dimension historique depuis l’antiquité ce n’est pas seulement pour montrer les usages du passé dans nos sociétés contemporaines mais pour identifier les éléments qui peuvent éclairer le présent même si on reconnaît les fortes discontinuités de l’histoire dans cet espace. Les tensions qui existent entre les dynamiques économiques et les réalités sociales, culturelles et historiques des sociétés seront au cœur des recherches et des actions de valorisation du réseau. En effet l’intégration Euro-Méditerranéenne demande une articulation entre le culturel et les dimensions politique et économique pour construire une société Euro-Méditerranéenne de la connaissance. Il faut s’attacher à montrer les dynamiques et les tensions qui caractérisent cette partie du monde. Le dialogue entre les peuples d’Europe avec les autres régions du monde doit être mis en relation avec les évolutions sociales et la croissance économique.

La liste des participants peut être ainsi construite. La responsabilité de chaque grand type d’activité devra être confiée à un participant de référence membre du réseau.

 

 

Liste des organismes classés par pays

 

France

  • ·   MMSH, Aix-en-Provence (UMS 841)

  • ·   IFEA, Istanbul (FRE 2549)

  • ·   Institut des traditions textuelles CHSPAM, Paris (ESA 7062)

  • ·   Centre Jacques Berque, Rabat, Maroc (UMS 2554)

  • ·   Centre Jean Bérard, Naples (UMS 1797)

  • ·   Centre d'Etudes Alexandrines, Alexandrie, Egypte (UMS 1812)

  • ·   Centre Gustave Glotz - Recherches sur les mondes hellénistique et romain Paris, (UMR 8585)

  • ·   Centre d’études des Religions du Livre, CRL, Villejuif (UMR 8584)

  • ·   Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie, Nanterre (UMR 7535, UMR 7041)

  • ·   Maison de l’Orient Méditerranéen, GREMMO, Lyon (UMR 5195)

  • ·   CEDEJ, Le Caire, Egypte (URA 1165)

  • ·   Institut Agronomique Méditerranéen, Centre International des Hautes Etudes agronomiques Méditerranéennes, CIHEM/IAMM, Montpellier

  • ·   IFRI Paris

  • ·   University de Toulouse 1

 Germany

  • ·   Freie Universitaet Berlin

  • ·   University of Tuebingen

 Austria

  • ·   Karl-Franzens-Universität Graz

 Spain

  • ·   University d’Alicante

  • ·   University de Barcelone

  • ·   Casa Velazquez, Madrid

  • ·   Musée d'archéologie de Catalogne, Gerona

 Finland

  • ·   University of Joensuu, Finlande

 Greece

  • ·   Hellenic Open University, GEM, Patras

  • ·   Institute of Neo-Hellenic Research, NHRF, Athens

  • ·   Ephorie des Antiquités Subaqua, Athens

  • ·   Institut Demokritos, Athens

  • ·   University de Crète

  • ·   Ecole Française d'Athènes

  • ·   EKEMEL Centre européen de traduction, Athens

 Italy

  • ·   University Bari, Italie

  • ·   University Genoa

  • ·   University Milan, Inst Droit internat.

  • ·   University Cattolica Milan

  • ·   University Federico II Naples

  • ·   Institute of Studies on Mediterranean Societies, National Research Council ISSM/CNR, Naples

  • ·   University of Palermo

  • ·   Ecole Française de Rome

  • ·   University of Turin

  • ·   University of Trieste

  • ·   University of Venise

  • ·   University of Tuscia, Viterbo

 

Netherlands

  • ·   University of Nijmegen, KUN

 Portugal

  • ·   Departemento de Antropolgia da Faculdades de Ciências Sociais e Humanas, UNL FCSH-UNL, Lisbon

  • ·   University Lisbon, CEAS

United Kingdom

  • ·   London Middle East Institute, SOAS, London

  • ·   University of Durham

  • ·   University of Oxford St. Anthony's College

  • ·   University of Sussex

 

Bulgaria

  • ·   University Plovdiv

 Croatia

  • ·   Institut d’ethnologie et de recherches folkloristes, IEF, Zaghreb

 Slovenia

  • ·   University of Ljubljana, ISH

  • ·   Scientific Research Centre of the Slovenian Academy of Sciences and Arts, Ljubljana

 

Algeria

  • ·   Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle, CRASC, Oran

 Egypt

  • ·   University of Alexandrie, Alex-Med

 Israel

  • ·   University of Haïfa

  • ·   Hebraic University of Jerusalem

 Morocco

  • ·   University Mohammed V, Rabat Agdal

  • ·   Institut national de statistique et d'économie appliquée, INSEA, Rabat

  • ·   University Hassan II, Casablanca

  • ·   Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud pour les études islamiques et les sciences sociales, Casablanca

 Tunisia

  • ·   University of Manouba

  • ·   University Tunis 1

 Turkey

  • ·   University of Istanbul Teknik Bilimler MYO

 Malta

  • ·   Heritage Malta

 Suisse

  • ·   Université de Lausanne

 

 

Annexe : La trame détaillée d’un programme de recherche

A.1 La mémoire.

La Méditerranée forme un espace de civilisations simultanées et superposées dont l'originalité réside dans une riche combinaison d'affrontements, de convergences et d’influences croisées. Elle est traversée à la fois par des différences que l’on peut paradoxalement qualifier de complémentaires et par l’existence de frontières dont il faut interroger le statut. Le dialogue entre les peuples de l’Europe et de la Méditerranée demande une compréhension des patrimoines culturels dont cette région est riche. La diversité de ce patrimoine a produit des métissages mais aussi des rapports conflictuels, en particulier religieux. Elle a aussi produit des révolutions sociales, en particulier celle de la place et du rôle des femmes dans la société.

 

a) La compréhension des patrimoines culturels

Il existe une mobilisation de l’histoire dans beaucoup de pays du pourtour méditerranéen. En effet, dans cet espace, la mémoire alimente un idéal d’un passé partagé (les Andalousies perdues ou une identité méditerranéenne rêvée, la légende de Gyptis et Protis pour l’identité marseillaise) ou conforte des affrontements contemporains. Il y a non seulement patrimoine mais usages du dans la construction des valeurs mobilisées dans les domaines familiaux, sociaux, moraux ou économiques.

La prise de conscience patrimoniale de l’héritage du passé doit être étudiée. Cet héritage conduit à la création de lieux (points de l’espace localisés et identifiés comme porteurs de mémoire) et de territoires (portions d’espace marquées par l’appropriation et l’appartenance…). Ces lieux font l’objet d’un tourisme dont il faut montrer l’intérêt économique et les conséquences sociales. Il faut y associer un projet éditorial papier et numérique sur les « Lieux de mémoire en Méditerranée ».

En Méditerranée la mémoire est un enjeu social et politique. Aussi il faut s’interroger sur les usages du passé, expression prise dans son acception la plus large (politique et idéologique). Il faut identifier le réemploi de traces multiformes du passé en liaison étroite avec la montée des sentiments identitaires. Cet usage fonde souvent la construction d’une « identité méditerranéenne » qui mobilise l’histoire et la mémoire sociale. Ici on évitera de tomber dans le piège essentialiste, en se débarrassant de toute référence matricielle à « l’homme méditerranéen », à « la société méditerranéenne », ou à « un fond méditerranéen ». Au contraire il convient de décrire la diversité des constructions identitaires.

 

b) Le métissage culturel et les traditions religieuses

Des oppositions réciproques entre des populations ni trop proches ni trop lointaines définissent la singularité de cet espace. Le monde méditerranéen forme un espace dialogique qui réunit des sociétés voisines et cousines. Les phases de crispation alternent avec les moments d’ouverture. Le monde méditerranéen est donc façonné par un jeu de différences complémentaires permettant d’explorer toute une gamme de relations avec ce que l’on a parfois nommé « l’altérité proche ».

Une attention particulière sera portée au domaine du religieux. En effet la Méditerranée est le creuset des trois monothéismes. L’actualité met l’accent sur la question de l’Islam. Au-delà d’un stigmatisation négative et d’une imputation d’altérité radicale, il paraît aujourd’hui capital d’analyser comment se construisent des identités religieuses, depuis les périodes grecques et romaines jusqu'aux différents espaces constitués au cours de l'histoire (christianisme, catholique et orthodoxe, islam, judaïsme). Il faut aussi analyser les évolutions doctrinales, les initiatives politiques tendant à assurer l’intégration de l’Islam, ou au contraire son rejet, dans les sociétés européennes. Un travail spécifique analysera les relations interconfessionnelles à travers les situations de confrontation pacifique et de mixité dévotionnelle autour des mêmes lieux saints : identification des nombreux personnages et lieux saints partagés autour de la Méditerranée.

Les évolutions récentes et contradictoires propres à notre monde contemporain, font que, au delà des affrontements ethniques, nationaux ou régionaux, les cultures semblent perdre de leur netteté et deviennent perméables, ce qui les rend plus aptes à communiquer entre elles et à poursuivre l’échange, et entraînent en contrepartie la quête pour les individus de repères identitaires. Une forme d’extra-territorialité (importation de culture dans les diasporas, usage des télévisions par satellite…) a vu le jour et redessinent insensiblement les nouvelles solidarités du présent : développement d’appartenances diasporiques ou transnationales. La configuration complexe de l’espace humain méditerranéen constitue alors un laboratoire stimulant pour aborder avec le recul historique nécessaire le fait que ses habitants vivent à la fois l’altérité et l’identité : identités territoriales (montée de nationalismes ou d’ethno-régionalismes), dynamiques identitaires dans les réseaux migratoires.

La question des frontières et des contacts culturels sera étudiée dans la longue durée, à partir notamment de l’exemple des cités grecques coloniales et de l’étude des rapports entre populations autochtones et populations exogènes. Sur la base de cet exemple historique, seront étudiées les jeux des frontières politiques et culturelles dans la Méditerranée contemporaine, à partir de l’expérience du « cosmopolitisme méditerranéen » à Alexandrie, à Beyrouth et dans les Balkans. La question des relations entre juifs et arabes dans l’espace euro-méditerranéen, à la fois dans la longue durée et dans le monde contemporain, sera étudiée attentivement. Sur le plan théorique et méthodologique, il conviendra de préciser les concepts appropriés pour analyser la diversité culturelle en Méditerranée et rendre compte des relations qui se créent entre populations : cosmopolitisme, créolisation, métissage, polyphonie.

 

c) Le rôle essentiel des femmes

Par delà les discriminations dont les femmes sont l’objet dans le monde méditerranéen, il s’agit de questionner leur place dans la Cité Leurs droits politiques, l’évolution de leur statut personnel (Mudawana au Maroc, Code de la famille en Algérie…), les possibilités d’épanouissement d’une créativité féminine, les conséquences des rapports sociaux entre les sexes sur cette créativité. Beaucoup de mutations actuelles des sociétés méditerranéennes s’ordonnent autour des femmes, de leurs droits et de leurs conditions de vie, de leurs comportements et de leurs revendications. Aussi est-il indispensable de mieux connaître ces évolutions et de centrer un projet de recherche sur le rôle et la place des femmes dans la Cité. Une attention particulière sera portée à la maîtrise de la violence : une analyse comparative sera conduite dans différents pays méditerranéens confrontés à des formes de violence latentes et/ou visibles, privées et/ou publiques. Un éclairage spécifique sera également apporté à la mobilité des femmes, notamment professionnelle, à la fois dans les pays méditerranéens et en situation de migrations.

 

A.2 Les conflits

La réflexion sur l’évolution des régimes et systèmes politiques des deux côtés de la Méditerranée et la question des modes de l’exercice du pouvoir, de la participation et des libertés est au cœur de l’analyse de l’espace politique de cette région. Cette réflexion renvoie à la confrontation de modèles politiques, juridiques et économiques, notamment dans le cadre du partenariat Euro-Méditerranéen mis en place en 1995. Ce partenariat sera analysé : au niveau des Etats et des sociétés civiles (acteurs publics décentralisés, ONG, entrepreneurs, réseaux).

Cette réflexion ne porte pas seulement sur l’évolution conjointe des sociétés de la rive Sud ou Est, elle concerne aussi un certain nombre de développements inédits de l’action publique dans les pays membres de l’Union européenne, confrontée à la gestion de la multiculturalité. C’est ainsi que l’Union européenne a demandé aux Etats membres de se doter d’un appareil de lutte contre les discriminations ethniques et sexuelles. Il faut alors se demander comment ces directives peuvent être assumées dans les champs politiques et sociaux nationaux, comment elles peuvent être mises en oeuvre dans les divers secteurs de l’action publique (dans l’éducation notamment, dans la justice…). Dans les pays européens la question est alors celle de parer aux processus d’ethnicisation qui affectent tant la vie civile que la vie publique et l’action publique des Etats.

Les recherches sur les équilibres politiques en Méditerranée tiendront compte du passé proche. La présence du conflit colonial sous forme de traces, de souvenirs, de pérennité d’institutions doit être analysée. Il en est de même des flux migratoires : au nord les migrants peuvent revendiquer une double référence culturelle, au sud il existe une pression visant une normativité européenne alors que la réalité des pouvoirs politiques et des sociétés civiles est bien différente.

 

a) Les sociétés civiles développent leur propre dynamisme

Les Etats sont entraînés dans une évolution mondiale à prétention universaliste, à contrario les sociétés civiles (sous la forme d’institutions non étatiques) cultivent leur identité, leurs propres directions.

Le religieux participe à la transformation des sociétés et notamment par la relation Droit/Religion. Elle concerne le statut juridique de l’« Autre » dans les différentes religions (musulmans, catholiques latins et orientaux, juifs, orthodoxes) et la compatibilité de ces statuts avec l’idée de démocratie. L’étude des normes juridiques des différents pays concernera des thématiques sensibles (école, famille, etc.). Il faudra également étudier les interactions entre religion, culture et politique dans différents contextes autour de la Méditerranée et leurs implications sur les tentatives de dialogue interreligieux ou interculturel.

La communauté des communautés nationales aujourd’hui, au Nord comme au Sud, est mise en question par des formes non territoriales d’identités (religieuses, transnationales à base ethnique, professionnelles, par la communication transnationale…) et par des mobilisations territorialisées infra-nationales (régionales ou locales). Ce défi sera analysé dans le domaine des médias (politiques nationales de la presse écrite et TV, et essor des médias transnationaux dans l’aire méditerranéenne, d’Internet, des chaînes TV satellite en langue arabe…), dans celui de l’école (réforme des systèmes éducatifs au Sud et au Nord de la Méditerranée, réforme des manuels scolaires dans les disciplines sociales et littéraires).

La place croissante des femmes dans le domaine public et la réalité des associations seront analysées comme différentes formes du phénomène de mobilisation des populations. Seront interrogés les difficultés du processus de démocratisation au sud et ses dérives au nord. La formation des nouvelles élites fait partie de ces évolutions : il s’agit de penser les logiques de l’insertion socio-économique et des mobilités géographique et sociale des élites économique, politique et culturelle.

 

b) L’évolution des systèmes politiques : convergences ou divergences

Dans un contexte global caractérisé par des connexions plus nombreuses en termes quantitatifs, voire inédites en termes qualitatifs, se pose la question de la convergence des régimes politiques qui existent sur les deux rives de la Méditerranée. Dans quelle mesure les institutions et leurs usages reflètent-ils partout les (mêmes) contraintes et opportunités de changements économiques ? Il faut analyser les évolutions comparées des régimes politiques, des politiques économiques et des ordres juridiques dans les pays des deux rives de la Méditerranée. Il convient d’analyser la portée des réformes institutionnelles engagées par les États au sud de la Méditerranée, les conséquences de la libéralisation économique formalisée notamment dans le cadre du processus de Barcelone, par exemple, au moyen de la conditionnalité de l’aide. Il faudra vérifier si les débats sur l’État de droit et les revendications en matière de droit de l’homme conduisent à une imprégnation progressive des ordres juridiques internes par l’ordre juridique international.

L’Europe est l’objet d’un double processus de recomposition des territoires et des pouvoirs. Il faut analyser les nouvelles formes de l’action publique confrontées à une redéfinition des organisations territoriales. Appliquée aux pays du Sud de la Méditerranée, on s’intéressera également à l’émergence et à l’évolution des formes d’action des collectivités locales. Il s’agira également d’analyser les mutations en cours qui tendent à relativiser le poids des frontières nationales du fait de la création de réseaux de villes ou de régions. Enfin, la réflexion sur le développement local et la dimension territoriale des systèmes productifs permettra de s’interroger sur la coopération décentralisée entre territoires de la Méditerranée. Une telle mise en perspective permet de relativiser certaines catégories contemporaines, comme le rôle des frontières et de l’Etat-Nation, trop souvent conçues comme des données indépassables de la géographie, de la politique ou de la culture.

 

A.3 La Méditerranée, un espace d’échanges et de circulations

Pour reprendre une formule célèbre des historiens, l’industrie elle-même dans cette région du monde est très souvent « fille du négoce ». La formation de communautés et de réseaux de marchands transnationaux au sein des sociétés nationales et urbaines, leur influence et leur capacité à peser sur les régimes en place, est une constante des mondes méditerranéens et l’un des substrats matériels et social qui organise à travers les âges, les circulation et les échanges, tant au plan économique que technique, culturel et politique.

 

a) L’échange marchand, socle économique durable

Le rôle privilégié joué par l’économie marchande dans cette partie du monde imprime sa marque sur les dynamiques historiques, faisant alterner des moments d’intensité des échanges et d’accélération des circulations pendant lesquels se forment des places marchandes et des axes de circulations à vocation internationales, lieux de cosmopolitisme et d’hybridation, et au contraire des périodes marquées par l’affaiblissement durable des sociétés marchandes où les forces sociales locales renforcent leur puissance et leur pouvoir.

Les mondes méditerranéens sont donc, plus que d’autres, marqués par la superposition et la cohabitation dans la longue durée de sociétés locales et de communautés transnationales, prenant tantôt forme coopérative, tantôt forme conflictuelle, cette alternance marquant durablement les rapports sociaux, les cultures techniques et politiques de cette région.

Il s’agit donc ici de rassembler les travaux souvent dispersés et fragmentaires d’historiens, d’archéologues et d’anthropologues pour rétablir, sur la longue durée, les continuités et les ruptures dans l’histoire des sociétés transnationales et des économies marchandes qu’elles animent, les formes sociales, culturelles et politiques de leur confrontation aux sociétés locales, enfin mettre ces travaux en perspective et en discussion avec des recherches sur la période contemporaine et les formes émergentes de dynamisme économique.

Trois thèmes principaux de réflexion organisent tout d’abord cette analyse des formes émergentes : celui des processus de mondialisation et la manière dont s’y adaptent et s’y transforment les confrontations Nord-Sud ; le thème de l’informalité dont le développement est aujourd’hui un fait majeur dans cette région du monde ; celui des nouvelles mobilités transnationales. Il convient de faire une synthèse sur la place de la Méditerranée dans les phénomènes de mondialisation.

La comparaison dans la longue durée des formes sociales et spatiales de l’économie marchande, envisagée comme support matériel des échanges et des circulations transculturels, constitue l’autre volet du travail proposé dans cette partie du programme. Y seront examinées : la formation et l’évolution des réseaux sociaux, les logiques d’émergence et de décadence des lieux d’échange et des nœuds de circulation, avec une attention particulière portée au rôle des villes portuaires ; les formes de leur confrontation aux régimes politiques et légaux en place, les contournements et les adaptations aux contraintes juridiques et douanières locales, avec une attention particulière portée aux régulations et conflits entre mondes et rationalités économiques concurrentiels (logique industrielle et logique marchande).

Cette comparaison entre périodes historiques et situations locales différenciées, s’intéressera aussi aux acteurs sociaux mobilisés par les échanges économiques, l’évolution des groupes sociaux et des systèmes d’acteurs dominant de la période antique au contemporain, avec une attention particulière portée au rôle des diasporas dans la diffusion des modèles et la facilitation des échanges, le poids des solidarités familiales et ethniques.

Conçus comme des séminaires articulés, l’ensemble des travaux qui y seront réalisés convergera vers une confrontation pluridisciplinaire où seront mis en perspective l’évolution et les dynamiques historiques et les dynamiques émergentes.

 

b) Les trames structurantes : technico-économique, routes et réseaux

Les échanges passent par des routes et réseaux. Ici on analysera comment s’opère l’articulation entre les routes maritimes (et leurs étapes et comptoirs), fluviales et terrestres, dans la longue durée. Cette étude doit permettre non seulement des comparaisons entre périodes et régions mais surtout de poser le problème de l’innovation dans les réseaux de circulation et d’échange enracinés dans la mémoire et les pratiques.

Etude des vecteurs technologiques, moyens de transport (navire, voiture) ou hommes (hommes de savoir-faire ou hommes de savoirs). Etude de la mobilité des objets, des artisans, des gestes. Etude des « routes » particulières. La conséquence de cette trame est la constitution d’élites produites par ces circulations ou les accompagnant. L’étude se poursuivra par l’analyse de l’influence des réseaux de villes ainsi créés sur la métropolisation actuelle de l’espace européen .

 

c) Transferts technologiques et circulation des modèles économiques et techniques

La circulation et l’échange d’hommes et de biens comprennent nécessairement des transferts technologiques, des savoir-faire ne serait-ce que par la réalité des objets qui portent la trace des procédés et outils et incarnent le savoir-faire de leurs créateurs. Ils ne doivent pas être analysés dans une logique de diffusion linéaire ou par étapes, mais dans la conflictualité qui les caractérise : les tentatives de monopolisation se heurtent à l’intelligence de la ruse qui les contournent (éviction de la douane, contrebande, fraude), alors que la diffusion de procédés et formes organisatrices se traduit dans des adaptations aux différents contextes.

Une synthèse devra montrer la double face de ces transferts technologiques ; d’une part ils menacent les identités nationales ou régionales, d’autre part ils fondent l'identité d'une cité, d'un pays, d'une nation ou d'une région. Ces transferts sont de plusieurs natures. Les délocalisations industrielles sont la forme moderne de ces transferts. L’exode des compétences est perçu comme un "transfert de technologie inversé". La Méditerranée est une région où le retard technologique peut conduire à des innovations faisant émerger de nouvelles formes d’organisation spatiale. Il faudra étudier un ensemble de situations de transferts et d’échanges dans des espaces bien identifiés (zones frontalières…) et dans la longue durée.

 


Notes


[1] “The participants recognise that the tradition of culture and civilisation throughout the Mediterranean region, and dialogue between these cultures and exchanges at human, scientific and technological level are an essential factor in bringing people closer, promoting understanding between then and improving their perception of each other”, Barcelona Declaration, 1995

[2] Romano Prodi, conférence à l’UCL, Louvain-la-neuve, le 26/11/2002.

 
 

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